Guide pratique · Situation de travaux

Situation de travaux : calcul, retenues et paiement

Établir une situation juste : avancement par poste, cumul, retenue de garantie, révision et délais de paiement, jusqu’au décompte général définitif.

Lecture : 9 minMis à jour le 18 septembre 2026Professionnels du BTP

Réponse directe

Comment établir une situation de travaux ?

Reprenez chaque poste du marché et appliquez-lui son pourcentage d’avancement réel. La somme obtenue forme le cumul à date ; le montant du mois correspond à ce cumul diminué de celui de la situation précédente. Appliquez ensuite ce que prévoit le marché : remboursement de l’avance, retenue de garantie, révision des prix, compte prorata et pénalités éventuelles. Les travaux modificatifs apparaissent sur des lignes distinctes.

Principe

Un paiement d’acompte, pas une facture ordinaire

Un chantier s’étale dans le temps et l’entreprise engage des dépenses bien avant d’être payée. La situation de travaux organise ce décalage : à échéance régulière, l’entreprise déclare ce qu’elle a réellement exécuté et demande le règlement de cette part. Le maître d’œuvre vérifie, ajuste si besoin, puis valide.

Contrairement à une facture classique, la situation raisonne toujours en cumul. On calcule ce qui est dû depuis l’origine du chantier, puis on retranche ce qui a déjà été facturé. Cette mécanique évite que les erreurs d’un mois se propagent : une correction sur l’avancement se rattrape automatiquement à la période suivante.

La base de calcul est la décomposition du marché. Quand le marché repose sur un prix global et forfaitaire, c’est la DPGF qui porte les postes. Le découpage retenu au moment de l’offre détermine donc la finesse avec laquelle l’avancement pourra être déclaré ensuite.

  1. 1.1Périodicité fixée au marché, le plus souvent mensuelle
  2. 1.2Raisonnement en cumul depuis le début du chantier
  3. 1.3Base de calcul : les postes de la décomposition du marché
  4. 1.4Validation par le maître d’œuvre avant paiement

Calcul

De l’avancement au montant à payer

Le calcul se fait poste par poste. Chaque ligne du marché reçoit un pourcentage d’avancement qui doit refléter le travail réellement exécuté, et non une prévision ou une moyenne de chantier. Un poste terminé passe à cent pour cent, un poste non commencé reste à zéro.

La somme des montants pondérés donne le cumul à date. Le montant de la situation est la différence entre ce cumul et celui de la situation précédente. Viennent ensuite les éléments qui modifient la somme effectivement versée : remboursement de l’avance si une avance a été consentie, retenue de garantie, révision ou actualisation des prix, compte prorata, pénalités éventuelles.

Les travaux modificatifs suivent la même logique mais doivent être clairement identifiés. Un avenant ou un ordre de service crée des postes supplémentaires qui apparaissent séparément, afin que l’écart avec le marché initial reste lisible jusqu’au solde.

  1. 2.1Pourcentage d’avancement réel par poste
  2. 2.2Cumul à date, puis déduction du cumul précédent
  3. 2.3Remboursement de l’avance selon les règles du marché
  4. 2.4Retenue de garantie appliquée au taux prévu
  5. 2.5Révision ou actualisation si le marché la prévoit
  6. 2.6Compte prorata, pénalités et autres déductions

Point de vigilance : déclarer un avancement supérieur à la réalité expose à un rejet de la situation, à un décalage de trésorerie et, en cas de répétition, à une remise en cause de la confiance du maître d’œuvre.

Exemple chiffré

Une situation mensuelle, ligne à ligne

Prenons un marché de 120 000 € hors taxes réparti en quatre postes. À la fin du mois, l’installation de chantier est achevée, le gros œuvre avance bien, le second œuvre démarre et les finitions n’ont pas commencé.

L’installation, chiffrée 10 000 €, est acquise à cent pour cent. Le gros œuvre, chiffré 60 000 €, atteint soixante pour cent, soit 36 000 €. Le second œuvre, chiffré 40 000 €, atteint quinze pour cent, soit 6 000 €. Les finitions, chiffrées 10 000 €, restent à zéro. Le cumul à date s’élève donc à 52 000 €.

Si la situation précédente présentait un cumul de 31 000 €, le montant du mois ressort à 21 000 € hors taxes. Une retenue de garantie de 5 % prélève 1 050 €, ce qui laisse 19 950 € hors taxes avant application de la TVA et des autres déductions prévues au marché.

  1. 3.1Installation de chantier : 10 000 € × 100 % = 10 000 €
  2. 3.2Gros œuvre : 60 000 € × 60 % = 36 000 €
  3. 3.3Second œuvre : 40 000 € × 15 % = 6 000 €
  4. 3.4Finitions : 10 000 € × 0 % = 0 €
  5. 3.5Cumul à date : 52 000 €, cumul précédent : 31 000 €
  6. 3.6Situation du mois : 21 000 €, retenue 5 % : 1 050 €

Point de vigilance : les montants de cet exemple illustrent uniquement la mécanique du cumul. Le taux de retenue, le traitement de l’avance et les déductions applicables dépendent du marché signé.

Trésorerie

Retenue de garantie : ce qu’elle immobilise vraiment

La retenue de garantie conserve une fraction de chaque paiement jusqu’à l’expiration de la période de garantie qui suit la réception. Son objet est de couvrir la reprise des désordres signalés. Son taux est plafonné et fixé par le marché, couramment cinq pour cent.

Son effet sur la trésorerie est souvent sous-estimé. Sur un marché de plusieurs centaines de milliers d’euros, la somme immobilisée pendant une année complète représente une avance de fonds que l’entreprise consent au maître d’ouvrage, sans rémunération.

C’est pourquoi la substitution par une garantie financière mérite d’être examinée dès la signature. Une caution personnelle et solidaire ou une garantie à première demande, lorsque le marché l’autorise, libère la trésorerie en échange d’un coût de garantie généralement très inférieur au montant immobilisé.

  1. 4.1Taux plafonné, fixé par le marché
  2. 4.2Immobilisation jusqu’à la fin de la période de garantie
  3. 4.3Restitution conditionnée à la levée des réserves
  4. 4.4Substitution possible par une garantie financière
  5. 4.5Demande de restitution à suivre activement

Fin de chantier

Du dernier acompte au décompte général définitif

La réception ouvre la phase de solde. L’entreprise établit un projet de décompte final qui reprend l’intégralité des sommes dues : travaux exécutés, travaux modificatifs, révisions, et toute réclamation qu’elle entend faire valoir. Le maître d’œuvre l’instruit, puis un décompte général est notifié.

Cette étape est déterminante. Accepter un décompte général sans réserve ferme en principe la possibilité de revenir ensuite sur des sommes omises. Les réclamations doivent donc être formulées dans les formes et les délais prévus par le marché, avant l’acceptation.

Les retenues et garanties se libèrent selon leur propre calendrier, indépendamment du solde des travaux. Il est fréquent qu’une entreprise oublie de réclamer une retenue de garantie devenue exigible : un suivi par chantier évite cette perte pure.

  1. 5.1Projet de décompte final après réception
  2. 5.2Travaux modificatifs et révisions intégrés
  3. 5.3Réclamations formulées avant acceptation
  4. 5.4Notification du décompte général
  5. 5.5Suivi séparé de la libération des garanties

Point de vigilance : ce guide décrit une pratique courante. Les règles applicables dépendent du marché, du CCAG retenu et de la nature publique ou privée de l’opération. Une clause financière importante mérite une lecture juridique.

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Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir

Qu’est-ce qu’une situation de travaux ?

Une situation de travaux est le document périodique, le plus souvent mensuel, par lequel une entreprise déclare l’avancement de ses prestations et demande le paiement correspondant. Elle s’appuie sur la décomposition du marché, poste par poste, et exprime un montant cumulé depuis le début du chantier dont on déduit ce qui a déjà été réglé.

Comment calcule-t-on une situation de travaux ?

On reprend chaque poste du marché, on lui applique son pourcentage d’avancement réel, puis on additionne les montants obtenus pour former le cumul à date. Le montant de la situation correspond à ce cumul diminué du cumul de la situation précédente. On applique ensuite les retenues, déductions et éventuelles révisions prévues au marché.

Qu’est-ce que la retenue de garantie ?

C’est une fraction de chaque paiement conservée par le maître d’ouvrage pour garantir la bonne exécution et la reprise des désordres signalés à la réception. Son taux est plafonné et fixé par le marché, couramment à 5 %. Elle est restituée après la période de garantie prévue, une fois les réserves levées.

Peut-on éviter la retenue de garantie ?

Elle peut généralement être remplacée par une garantie financière équivalente, caution personnelle et solidaire ou garantie à première demande selon ce qu’autorise le marché. L’entreprise récupère alors la trésorerie correspondante et l’organisme garant se substitue à la retenue. Les conditions exactes figurent au CCAP.

Quel est le délai de paiement d’une situation de travaux ?

Dans la commande publique, le délai global de paiement est encadré : trente jours pour l’État et les collectivités territoriales, avec un délai plus long pour certains établissements publics de santé. En marché privé, le délai résulte du contrat, dans les limites fixées par le code de commerce. Le dépassement ouvre droit à des intérêts moratoires.

Quelle différence entre une situation et le décompte général définitif ?

La situation est un paiement d’acompte en cours de chantier : elle ne solde rien et reste provisoire. Le décompte général définitif intervient après la réception et arrête l’ensemble des comptes du marché, travaux, révisions, retenues, pénalités et réclamations comprises. Une fois accepté sans réserve, il devient très difficile de le remettre en cause.